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TDC 077 - Supériorité de la Continence ne signifie pas dévaluation du mariage

TDC 077 - Supériorité de la Continence ne signifie pas dévaluation du mariage

Publié par Incarnare le dimanche 06/09/2009 - 23:04

1. Le regard tourné vers le Christ-Rédempteur, nous allons poursuivre nos réflexions sur le célibat et sur la virginité pour le Royaume des Cieux, en suivant les paroles du Christ rapportées en Mt 19,10-12.
En proclamant la continence pour le Royaume des Cieux, le Christ accepta pleinement tout ce que le Créateur avait opéré et institué dès l'origine. En conséquence, d'une part, cette continence doit démontrer que, dans sa constitution la plus profonde l'homme est non seulement double mais aussi - dans cette dualité - seul devant Dieu, avec Dieu. D'autre part, toutefois, dans l'appel à la continence pour le Royaume des Cieux, ce qui est invitation à la solitude pour Dieu, respecte en même temps aussi bien la dualité de l'humanité (c'est-à-dire la masculinité et la féminité) que la dimension de communion de l'existence qui est propre à la personne. Celui qui, conformément aux paroles du Christ, comprend de manière adéquate l'appel à la continence pour le Royaume des Cieux, celui-là conserve ainsi la vérité intégrale de sa propre humanité, sans rien perdre chemin faisant des éléments essentiels de la vocation de la personne créée à l'image et ressemblance de Dieu. Cela est important pour l'idée de la continence, c'est-à-dire pour son contenu objectif qui, dans l'enseignement du Christ, apparaît comme une nouveauté absolue. Il est également important pour la réalisation de cette idée, c'est-à-dire pour que soit pleinement authentique dans sa motivation la décision concrète prise par l'homme de vivre dans le célibat ou la virginité pour le Royaume des Cieux (celui qui se fait eunuque, pour se servir du même terme que le Christ).

2. Du contexte de Mt 19,10-12, il résulte de façon suffisamment claire qu'il ne s'agit pas ici de réduire la valeur du mariage au profit de la continence ni, non plus, de cacher une valeur sous l'autre. Il s'agit, au contraire, de sortir en pleine connaissance de cause de ce qui, par volonté même du Créateur, entraîne l'homme au mariage, et d'aller vers la continence qui se révèle à l'homme concret, homme ou femme, comme appel et don de particulière signification pour le Royaume des Cieux. Les paroles du Christ Mt 19,11-12 partent de tout le réalisme de la situation de l'homme et, avec le même réalisme, le conduisent en dehors, vers l'appel grâce auquel, de manière nouvelle, tout en demeurant par sa nature un être double (c'est-à-dire, comme homme tourné vers la femme et, comme femme vers l'homme), il est capable de découvrir dans cette solitude, qui ne cesse d'être une dimension personnelle de la dualité de chacun, une forme nouvelle et même encore plus pleine de communion intersubjective avec les autres. Cette orientation de l'appel explique clairement l'expression "pour le Royaume des Cieux"; en effet, la réalisation de ce Royaume doit s'opérer dans la ligne du développement authentique de l'image et ressemblance de Dieu dans sa signification trinitaire, c'est- à-dire précisément de communion. En choisissant la continence pour le Royaume des Cieux, l'homme a la conscience de pouvoir se réaliser de manière différente et, en un certain sens, plus que dans le mariage, en se faisant "don sincère pour les autres" GS 24.

3. Par les paroles que rapporte Mt 19,11-12, le Christ fait comprendre clairement que ce mouvement vers la continence pour le Royaume des Cieux est associé à un renoncement volontaire au mariage, c'est-à-dire à l'état où l'homme et la femme (conformément à la signification qu'à l'origine le Créateur a donnée à leur unité) deviennent l'un pour l'autre un don à travers leur masculinité et féminité, même par leur union corporelle. Continence signifie renoncement conscient et volontaire à cette union et à tout ce qui s'y attache dans l'ample dimension de la vie et de la coexistence humaine. L'homme qui renonce au mariage renonce également à la génération comme fondement de la communauté familiale composée des parents et des enfants. Les paroles du Christ auxquelles nous nous référons indiquent sans le moindre doute toute cette sphère de renoncement, bien qu'elles ne s'arrêtent pas aux détails. Et la façon dont ces paroles ont été prononcées suppose que le Christ comprend l'importance d'un tel renoncement et qu'il la comprend non seulement dans le respect des opinions en vigueur à ce sujet dans la société juive de l'époque, mais, également, il comprend l'importance de ce renoncement par rapport au bien que le mariage et la famille constituent en raison de leur institution divine. C'est pourquoi, par sa manière de prononcer ces paroles, il fait comprendre que cette sortie du cercle du bien à laquelle il appelle lui-même pour le Royaume des Cieux est liée à un certain sacrifice de soi-même. Cette sortie devient aussi le début de renoncements successifs et de sacrifices volontaires de soi-même, indispensables, si l'on veut que le premier choix fondamental soit cohérent dans toute la dimension de la vie terrestre, et c'est seulement grâce à cette cohérence que le choix est intérieurement raisonnable et non contradictoire.

4. De cette manière, dans l'appel à la continence tel que le Christ l'a lancé, avec concision et, en même temps, grande précision, se dessinent le profil et le dynamisme du mystère de la Rédemption, comme nous l'avons déjà dit précédemment. C'est sous ce même profil que dans son Sermon sur la Montagne le Christ a prononcé les paroles concernant la nécessité de prendre garde à la concupiscence du corps, au désir qui commence par le "regarder" et devient, déjà à ce moment, "adultère dans le coeur". Sous Mt 19,11-12 et Mt 19,27-28 on retrouve la même anthropologie et le même éthos. Dans l'invitation à la continence volontaire pour le Royaume des Cieux, les perspectives de cet éthos se trouvent amplifiées: à l'horizon des paroles du Sermon sur la Montagne, il y a la continence volontaire; à l'horizon des paroles sur la continence volontaire, il y a encore la même anthropologie, mais illuminée par la perspective du Royaume des Cieux, c'est-à-dire, en même temps, de la future anthropologie de la résurrection. Néanmoins, sur les voies de cette continence volontaire dans la vie terrestre, l'anthropologie de la résurrection ne remplace pas l'anthropologie de l'homme historique. Et c'est précisément cet homme - en tout cas cet homme historique en qui subsiste, avec l'héritage de la triple concupiscence, l'héritage du péché, et en même temps l'héritage de la Rédemption - cet homme donc qui doit prendre la décision au sujet de la continence pour le Royaume des Cieux: il doit réaliser cette décision en soumettant son humanité pécheresse aux forces qui jaillissent du mystère de la Rédemption du corps. Il doit le faire comme tout autre homme qui ne prend pas cette décision et dont la voie reste le mariage. Seul diffère le genre de responsabilité pour le bien choisi, comme diffère le genre même du bien choisi.

5. Dans son énoncé, le Christ souligne-t-il que la continence pour le Royaume des Cieux est supérieure au mariage? Il dit certainement qu'il s'agit d'une vocation exceptionnelle, qui sort de l'ordinaire. En outre, il affirme qu'elle est particulièrement importante et nécessaire pour le Royaume des Cieux. Si nous comprenons en ce sens sa supériorité sur le mariage, alors nous devons admettre que le Christ l'indique implicitement; toutefois il ne l'exprime pas de manière directe. De ceux qui choisissent le mariage, saint Paul dira qu'ils "font bien" et de ceux qui sont disposés à vivre la continence volontaire, il dira qu'ils "font mieux" 1Co 7,38.

6. Telle est également l'opinion de toute la tradition, tant doctrinale que pastorale. Cette "supériorité" de la continence sur le mariage ne signifie jamais, dans la tradition authentique de l'Eglise, une dévaluation du mariage ou une réduction de sa valeur essentielle. Elle ne signifie pas non plus un glissement, même implicite, vers les positions manichéennes ou un soutien des manières de juger ou d'agir qui se fondent sur la signification manichéenne du corps et du sexe, du mariage et de la génération. La supériorité évangélique et authentiquement chrétienne de la virginité, de la continence, est dictée, en conséquence, par sa motivation qui est le Royaume des Cieux. Nous trouvons dans les paroles du Christ rapportées par Mt 19,11-12 une base solide qui permet d'admettre cette seule possibilité; par contre, nous n'y trouvons aucune base d'une quelconque dépréciation du mariage, qui aurait pu y être présente avec la reconnaissance de cette supériorité.
Dans nos prochaines réflexions nous reviendrons sur ce problème.

- 7 avril 1982

 
 

 

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