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TDC 074 - Vocation à la chasteté dans la réalité de la vie terrestre

TDC 074 - Vocation à la chasteté dans la réalité de la vie terrestre

Publié par Incarnare le dimanche 06/09/2009 - 23:00

1. Nous poursuivons notre réflexion sur la virginité ou célibat pour le Royaume des Cieux, thème également important pour une théologie du corps.
Dans le contexte immédiat des paroles sur la continence pour le Royaume des Cieux, le Christ fait une comparaison extrêmement significative; et cela ne fait que confirmer notre conviction qu'il veut enraciner profondément la vocation à cette continence dans la réalité de la vie terrestre, s'ouvrant ainsi une voie dans l'esprit de ses auditeurs. Il énonce, en effet, trois catégories d'eunuques.
Ce terme concerne les défauts physiques qui rendent impossible la procréation dans le mariage. Ce sont précisément ces défauts qui expliquent les deux premières catégories dont parle Jésus quand il fait état des défauts congénitaux Mt 19,12: "des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère" ou des défauts acquis, provoqués par une intervention humaine: "il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes". Il s'agit dans les deux cas d'un état de coercition, parce que nullement volontaire. Si dans sa comparaison, le Christ parle ensuite des "eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels en vue du Royaume des Cieux" comme d'une troisième catégorie, il établit certainement cette distinction pour souligner encore plus nettement son caractère volontaire et surnaturel. Volontaire, car ceux qui appartiennent à cette catégorie se sont eux- mêmes rendus eunuques; surnaturel, parce qu'ils l'ont fait pour le Royaume des Cieux.

2. La distinction est très claire et très forte. Non moins fort et éloquent est le rapprochement. Le Christ parle à des hommes auxquels la tradition de l'ancienne Alliance n'avait pas transmis l'idéal du célibat ou de la virginité. Le mariage était chose si habituelle que seule une impuissance physique pouvait constituer une exception. La réponse donnée aux disciples Mt 19,10-12 est en même temps adressée, en un certain sens, à toute la tradition de l'Ancien Testament. C'est ce que confirme un seul exemple tiré du livre des Juges; nous nous y référons ici moins en raison du déroulement du fait lui-même, que des paroles significatives qui l'accompagnent: "Qu'il me soit accordé ... de pleurer ma virginité" Jg 11,37, dit la fille de Jephté à son père quand celui-ci lui fait savoir qu'à la suite d'un voeu au Seigneur elle est destinée au sacrifice (nous trouvons les raisons de ce voeu dans le texte biblique). "Va; - lit-on ensuite - et il lui permit d'aller ... Elle alla donc, avec ses compagnes, et elle pleura sa virginité dans les montagnes. Au bout de deux mois, elle retourna chez son père et il accomplit à son égard le voeu qu'il avait formé. Or elle n'avait pas connu d'hommes" Jg 11,38-39.

3. A ce qu'il paraît, il n'y a pas place dans l'Ancien Testament pour cette signification du corps que le Christ, parlant de la continence pour le Royaume de Dieu, veut maintenant exposer et révéler à ses propres disciples. Parmi les personnages que nous connaissons comme conducteurs spirituels du peuple de l'Ancienne Alliance, il n'y en a aucun qui aurait proclamé cette continence en paroles et dans la conduite (*). Le mariage n'était pas seulement un état commun, à l'époque, mais en plus, il avait acquis dans cette tradition une signification consacrée par la promesse que le Seigneur avait faite à Abraham: "Voici que mon alliance est avec toi et que tu deviendras père d'une multitude de peuples ... Je te rendrai très fécond; je te ferai devenir nations, et des rois sortiront de toi. J'établirai mon alliance avec toi, et ta race après toi, de générations en générations, pour une alliance perpétuelle, afin que je devienne ton Dieu et Celui de ta race après toi" Gn 17,4-7. C'est pourquoi, dans la tradition de l'Ancien Testament, le mariage était un état religieusement privilégié comme source de fécondité et de procréation relative à la descendance: et privilégié par la révélation elle-même. Dans le cadre de cette tradition suivant laquelle le Messie serait "Fils de David" Mt 20,30, l'idéal de la continence était difficile à comprendre. Tout inclinait en faveur du mariage: non seulement les raisons de nature humaine, mais également celles du Royaume de Dieu (**).

Note - (*) Il est vrai que, sur ordre explicite du Seigneur, Jérémie devait observer le célibat Jr 16,1-2; mais ceci fut un signe prophétique qui symbolisait un futur abandon et la destruction du pays et du peuple.
(**) Il est vrai, comme l'indiquent les sources extra- bibliques que, durant la période inter-testamentaire, le célibat était observé, dans les milieux juifs, par quelques membres de la secte des esséniens (cf. J. FLAVIEN, Bell. Jud. 11, 8, 2: 120-121; PHILON, Hypophet. 11, 14); mais cela se passait en marge du judaïsme officiel et probablement ne persista pas au-delà du début du IIème siècle. -- Dans la communauté de Qumran, le célibat n'obligeait pas tout le monde, mais quelques membres le maintenaient jusqu'à la mort, transférant sur le terrain de la coexistence pacifique la prescription deDt 23,10-14 sur la pureté qui obligeait durant la guerre sainte. Selon les croyances des Qumraniens, cette guerre durait depuis toujours "entre les fils de la lumière et les fils des ténèbres", pour eux, le célibat exprimait seulement "être prêts à la bataille" (1 Qm 7, 5-7).

4. Les paroles du Christ déterminent dans ce milieu un tournant décisif. Quand, pour la première fois, il parla à ses disciples de la continence pour le Royaume des Cieux, Jésus se rendit parfaitement compte qu'ils devaient, comme fils de la Loi ancienne, associer le célibat et la virginité à la situation des individus, spécialement de sexe masculin, qui, à cause de défauts de nature physique, ne pouvaient se marier (les eunuques); c'est pourquoi il se réfère directement à ceux-là. Cette référence a un fond multiple: aussi bien historique que psychologique, éthique que religieux. Par cette référence Jésus touche - en un certain sens - tous ces fonds, comme s'il voulait dire: Je sais que ce que je vous dirai maintenant suscitera de grandes difficultés dans votre conscience, dans votre manière de comprendre la signification du corps; je vais en effet vous parler de la continence et vous ne manquerez certainement pas d'associer celle-ci à l'état de déficience physique, tant innée que provoquée par des causes humaines. Par contre, moi je veux vous dire que la continence peut également être volontaire et qu'un homme peut la choisir pour le Royaume des Cieux.

5. Mt 19 ne signale aucune réaction immédiate des disciples à ces paroles. Nous la trouvons seulement plus tard dans les épîtres des Apôtres, principalement chez saint Paul (*). Cela confirme que ces paroles s'étaient gravées dans la conscience des disciples du Christ de la première génération, puis qu'elles fructifièrent sans cesse et se multiplièrent dans toutes les générations de ses confesseurs dans l'Eglise (et peut-être aussi en dehors de l'Eglise). Donc, du point de vue de la théologie - c'est-à-dire de la révélation de la signification du corps, totalement nouvelle par rapport à la tradition de l'Ancien Testament - ces paroles marquent un tournant. Leur analyse démontre combien elles sont précises et substantielles malgré leur concision (nous le constaterons mieux encore quand nous analyserons le texte paulinien de 1Co 7. Le Christ parle de la continence pour le Royaume des Cieux. Il veut souligner de cette manière que cet état, que l'homme choisit consciemment dans la vie temporelle alors que d'habitude on y prend femme et mari, a une finalité surnaturelle bien précise. Sans cette finalité, la continence, même choisie consciemment et décidée personnellement, n'aurait aucun rapport avec l'énoncé du Christ. Parlant de ceux qui ont choisi consciemment le célibat ou la virginité pour le Royaume des Cieux (c'est-à- dire qui se sont faits eunuques), le Christ relève - au moins de manière indirecte - que, dans la vie terrestre, ce choix est uni au renoncement comme aussi à un effort spirituel déterminé.
Note (*) Cf. 1Co 7,25-40 Ap 14,4.

6. La finalité surnaturelle - pour le Royaume des Cieux - admet une série d'interprétations plus détaillées que le Christ n'énumère pas dans ce passage. On peut toutefois affirmer que la formule lapidaire dont il se sert indique indirectement tout ce qui a été dit sur ce thème dans la révélation, dans la Bible et dans la tradition; tout ce qui est devenu richesse spirituelle de l'expérience de l'Eglise, dans laquelle le célibat et la virginité pour le Royaume des Cieux ont fructifié de manière multiple dans les diverses générations des disciples du Christ.

- 17 mars 1982

 
 

 

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