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Covid et coeur abattu

Zabou the terrible - lundi 21/09/2020 - 23:49

 

            C’est vrai que, pendant le confinement, des liens différents se sont tissés avec nos élèves, au gré de confidences qui excédaient parfois de loin les échanges que nous aurions eus en temps plus ordinaire : la vulnérabilité commune et l’éloignement physique, induit par les écrans et le téléphone, autorisaient des conversations profondes, où la pudeur s’estompait de temps à autre pour parler de ce qui était trop dur dans leurs vies. Il serait d’ailleurs intéressant de relire à cette aune le confinement et je me demandais également, après avoir traversé ensemble tout cela, comment seraient les relations à la rentrée. 

 

            Dans les couloirs, c’est facile en échangeant quelques mots ; dans ma propre classe, j’en ai quelques-uns qui sont « anciens » élèves de l’an passé mais pas trop : cela va bien mais il est vrai qu’il y a quelque chose d’une confiance plus profonde qui s’est établie. Parmi ceux-ci, il y a un filou au grand cœur, malin, intelligent, quelques soucis de discipline mais jamais rien de grave et plutôt envie de lui tirer les oreilles quand ça lui arrive pour le remettre sur le droit chemin. Sa situation personnelle, comme beaucoup de mes élèves, comporte des traits à faire pleurer dans les chaumières : sauf qu’il ne s’agit pas d’un moyen télévisuel facile pour provoquer la compassion, c’est juste la vérité. 

 

            Nous avions parlé ensemble déjà du virus qui nous préoccupe parce qu’on savait, lui comme moi, à quel point dans son cas c’était particulièrement dangereux : sa mère l’élève seule et elle est malade. Alors s’il y en a bien un qui ne rigole pas quand je grogne et vitupère avec ardeur dans les salles pour obtenir le port du masque par tous -et-pas-en-mode-glissé-par-dessous-le-menton-zut-à-la-fin !, c’est bien lui. 

 

            Or, vous voyez, c’est notamment un de ces gars que j’ai embarqués sous le bras (enfin, euh, métaphoriquement) tout à l’heure parce qu’il n’allait pas bien du tout et que cela ressemblait bigrement toujours à un certain virus. J’étais bien embêtée et j’ai carrément eu le cœur fendu quand il m’a dit ce à quoi je pensais déjà : « Madame, vous savez… enfin, vous savez : si j’ai ça, je ne veux vraiment pas le transmettre à ma mère ».  

 

Alors, oui, je râle et continuerai à râler sur les mesures non prises ou non respectées, sur la croissance du virus dans nos établissements scolaires (tenez, allez voir cette carte collaborative par exemple : https://www.google.com/maps/d/u/0/viewer?mid=1qSrisw1eZhc_imfnmmIvqeq9jjZG7VY1&ll=48.390625604709925%2C6.537248840773245&z=4 ) mais ce n’est pas que pour le principe : c’est aussi parce qu’au-delà de la santé qui reste un enjeu crucial et clairement urgentissime, ils broient les cœurs de ces sacrés lascars qui sont mes élèves, qui peuvent être les vôtres, vos enfants ou ceux de vos proches. 

 

Je crois d’ailleurs aussi que, dans cet amour manifesté, il y a quelque chose de sacré, un peu du Seigneur à travers les plaies de l’inquiétude, et sans doute cela me donne-t-il de l’espérance : parce que ma foi me dit que cet amour-là ne sera jamais perdu ; parce que je crois aussi que le Seigneur, même s’ils ne Le connaissent pas, est auprès d’eux deux, comme de tous ces « petits » qui sont Siens, même si c’est de nuit, même si c’est en apparence de loin, mais Il n’en demeure pas moins là, tout proche du cœur brisé et de l’esprit abattu. 

 

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